Le Plan Informatique pour Tous est lancé le 25 janvier 1985 par le Premier ministre de l'époque, Laurent Fabius, avec un objectif ambitieux : équiper les écoles françaises en ordinateurs pour initier onze millions d'élèves à l'outil informatique, considéré à l'époque comme la compétence d'avenir incontournable de la décennie suivante, dans un contexte de préoccupation nationale sur le retard technologique du pays.
120 000 machines fabriquées et un nanoréseau propre à Thomson
Pour fabriquer les 120 000 machines destinées à équiper 50 000 établissements scolaires, le gouvernement attribue le marché à Thomson, un constructeur français alors en difficulté financière. Apple était pourtant dans la course avec ses premiers Macintosh, tout comme d'autres constructeurs hexagonaux – Léanord, Exelvision, Goupil ou Bull – mais le choix politique s'est porté au plus haut niveau de l'État sur l'option franco-française.
Les machines retenues, TO7 et MO5, équipaient les salles informatiques en réseau, reliées entre elles sur ce que l'on appelait un « nanoréseau » et connectées au poste de l'enseignant, chargé de lancer les applications pour l'ensemble de la classe – une opération technique pas toujours simple à mener avec le matériel de l'époque.
31 postes reliés en réseau et le langage LOGO au cœur du programme
Le nanoréseau, développé spécifiquement par Thomson pour ce déploiement scolaire, permettait de relier jusqu'à 31 postes élèves (MO5 ou TO7-70) à une machine plus puissante appelée « tête de réseau », le plus souvent un Bull Micral tournant sous MS-DOS, via un câble coaxial et un protocole propriétaire. Les postes élèves profitaient ainsi de l'accès aux disquettes et à l'imprimante de la tête de réseau, sans avoir besoin de leur propre lecteur individuel, ce qui réduisait sensiblement le coût matériel par poste installé dans chaque salle.
Le programme pédagogique central du plan reposait sur le langage LOGO, conçu spécifiquement pour initier les enfants à la programmation à travers des commandes simples et compréhensibles en français : AVANCE, RECULE, TD (tourne à droite) et TG (tourne à gauche) permettaient de déplacer une « tortue » virtuelle à l'écran et de tracer des figures géométriques simples, cercles, carrés ou ellipses.
LOGO en cartouche sur TO7 et un budget de deux milliards de francs
Sur Thomson TO7, le LOGO se présentait sous forme de cartouche enfichable, dont le lancement affichait un menu accessible au clavier ou directement au stylet optique sur l'écran, une méthode d'interaction alors distinctive des machines Thomson par rapport à leurs concurrentes qui reposaient presque exclusivement sur le clavier et la souris.
Le budget global du plan avoisinait les deux milliards de francs, avec un volet de formation conséquent : 110 000 enseignants ont été formés pour prendre en main ce nouveau matériel et l'intégrer à leurs cours, un effort logistique considérable pour l'Éducation nationale de l'époque, peu habituée à ce type de déploiement technique à si grande échelle sur l'ensemble des établissements scolaires du pays.
Un bilan sévère pour le plan, un meilleur sort pour LOGO lui-même
Le bilan du plan reste sévère : l'inspection générale l'a jugé en échec, et il a été progressivement abandonné à partir de 1989. Les machines Thomson, déjà technologiquement dépassées au moment de leur arrivée dans les écoles, peinaient à convaincre au-delà de l'exercice de recopie de lignes de code pour tracer un dessin à l'écran, plus proche du jouet que de l'outil pédagogique sérieux visé initialement par les concepteurs du plan.
Le langage LOGO lui-même a connu un sort plus favorable que le plan qui l'a porté en France : conçu en 1967 par Wally Feurzeig, Seymour Papert et Cynthia Solomon au sein du laboratoire américain Bolt, Beranek and Newman, il introduit la notion de « tortue » graphique pour rendre la pensée algorithmique concrète et manipulable par de jeunes enfants. Le langage continue d'inspirer des outils pédagogiques contemporains bien après la disparition définitive du parc Thomson des salles de classe françaises, à la toute fin des années 1980.
| Plan gouvernemental | Plan Informatique pour Tous (IPT), lancé le 25 janvier 1985 |
|---|---|
| Initiateur | Laurent Fabius, Premier ministre |
| Constructeur retenu | Thomson (TO7 et MO5), au détriment d'Apple et d'autres marques françaises (Léanord, Exelvision, Goupil, Bull) |
| Machines livrées | 120 000 ordinateurs visés dans 50 000 établissements |
| Élèves concernés | 11 millions |
| Enseignants formés | 110 000 |
| Budget | Environ 2 milliards de francs |
| Langage enseigné | LOGO, avec des commandes en français (AVANCE, RECULE, TD, TG) |
| Issue du plan | Jugé en échec par l'inspection générale, abandonné en 1989 |
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Plan Informatique pour Tous ?
Un programme gouvernemental lancé le 25 janvier 1985 par le Premier ministre Laurent Fabius, visant à équiper les écoles françaises de 120 000 ordinateurs Thomson pour initier onze millions d'élèves à l'informatique, avec un budget avoisinant les deux milliards de francs.
Pourquoi Thomson a-t-il été choisi plutôt qu'Apple ?
Le choix, politique, s'est fait au plus haut niveau de l'État en faveur d'un constructeur français en difficulté financière, plutôt que de confier le marché à Apple, alors en lice avec ses premiers Macintosh, ou à d'autres marques françaises comme Léanord, Exelvision, Goupil ou Bull.
Quelles commandes utilisait-on avec le langage LOGO ?
Des commandes simples en français : AVANCE et RECULE pour déplacer une « tortue » virtuelle à l'écran, TD (tourne à droite) et TG (tourne à gauche) pour orienter ses déplacements. Ces commandes permettaient de tracer des figures géométriques comme des cercles, des carrés ou des ellipses.
Comment se lançait le LOGO sur Thomson TO7 ?
Via une cartouche enfichable dans la machine, dont le menu pouvait être piloté au clavier ou directement au stylet optique sur l'écran, une méthode d'interaction distinctive des machines Thomson par rapport à leurs concurrentes reposant presque exclusivement sur clavier et souris à cette période.
Le Plan Informatique pour Tous a-t-il été un succès ?
Non, l'inspection générale l'a jugé en échec et il a été progressivement abandonné à partir de 1989. Les machines Thomson, déjà dépassées à leur arrivée dans les écoles, peinaient à convaincre au-delà de l'exercice de recopie de lignes de code pour tracer un dessin simple à l'écran.
Combien d'enseignants ont été formés dans le cadre du plan ?
110 000 enseignants ont été formés pour prendre en main le nouveau matériel informatique et l'intégrer à leurs cours, un effort logistique considérable pour l'Éducation nationale de l'époque, peu habituée à un déploiement technique d'une telle ampleur sur l'ensemble du territoire français.
