| Constructeur | Apple (États-Unis) |
|---|---|
| Microprocesseur | Synertek 6502A (8 bits) à 2 MHz |
| Mémoire vive (RAM) | 128 Ko, extensible jusqu'à 512 Ko |
| Mémoire morte (ROM) | 4 Ko |
| Affichage texte | 80×24 caractères |
| Capacités graphiques | 560×192 points en monochrome · 80 colonnes · jusqu'à 16 couleurs |
| Capacités sonores | Voie mono sur 6 bits |
| Clavier | AZERTY accentué avec pavé numérique |
| Interfaces | RS 232 · lecteur de disquettes externe · Péritel, parallèle et IEEE 488 en option |
| Stockage | Lecteur de disquettes 140 Ko intégré · disque dur Profile 5 Mo intégré |
Annoncé le 19 mai 1980 lors d'une conférence de presse à New York, l'Apple III est conçu comme le successeur naturel de l'Apple II sur le segment professionnel, un marché qu'Apple ne veut plus laisser aux seules machines sous CP/M déjà installées en entreprise. Les livraisons en volume n'interviennent toutefois qu'en mars 1981, près d'un an après l'annonce officielle, un délai qui entame sérieusement la crédibilité commerciale du produit dès son lancement effectif.
Un choix de conception qui condamne la fiabilité de la machine
Le problème vient d'un choix imposé par Steve Jobs lui-même : convaincu qu'un ventilateur nuirait au silence et à l'esthétique de la machine, il impose un boîtier totalement fermé, sans système de refroidissement actif. Résultat, la chaleur dégagée par les composants dilate la carte mère et provoque un phénomène connu sous le nom de « chip creep » : les circuits intégrés se desserrent progressivement de leurs supports, entraînant des dysfonctionnements aléatoires difficiles à diagnostiquer pour les techniciens du réseau de revendeurs.
Le co-fondateur Steve Wozniak ira jusqu'à qualifier plus tard le taux de panne des premiers exemplaires de quasiment total. Apple se voit contraint de rappeler et de remplacer l'intégralité des 14 000 premières unités produites, une opération rarissime pour un constructeur informatique de cette période. La solution officieuse proposée aux utilisateurs en attendant un échange est restée célèbre : soulever la machine de quelques centimètres et la laisser retomber pour reposer les puces sur leurs supports.
Un prix élevé et une gamme logicielle appauvrie par la précipitation
Autre facteur aggravant, le prix de lancement s'échelonne entre 4 340 et 7 800 dollars selon la configuration, soit nettement plus qu'un Apple II bien équipé, à une période où le marché professionnel commence tout juste à s'ouvrir aux ordinateurs personnels face aux minis traditionnels. La machine embarque son propre système d'exploitation, le SOS (Sophisticated Operating System), pensé pour gérer une mémoire plus étendue et une organisation de fichiers plus proche de celle d'un disque dur, mais le calendrier serré du projet limite fortement le nombre de logiciels professionnels réellement disponibles au lancement.
Apple réintroduit une version corrigée de la machine le 9 novembre 1981, avec une carte mère repensée pour limiter les problèmes thermiques et une garantie prolongée pour rassurer les acheteurs professionnels échaudés. Mais le mal est fait : la presse spécialisée et le réseau de revendeurs gardent en mémoire les déboires des premiers mois, et l'Apple III ne parvient jamais à s'imposer sur le marché professionnel qu'il visait, cédant rapidement du terrain face aux machines compatibles IBM PC qui arrivent dès l'année suivante.
Un émulateur Apple II intégré comme filet de sécurité commercial
Consciente du risque, Apple équipe la machine d'un mode d'émulation Apple II, activable au démarrage, qui permet de faire tourner le catalogue logiciel existant de la gamme II en l'absence de titre natif adapté aux besoins professionnels visés. Ce filet de sécurité en dit long sur les doutes internes qui entouraient déjà le lancement de la machine, et il deviendra paradoxalement l'usage principal de nombreux exemplaires vendus après le rappel de 1981.
L'Apple III est retiré du catalogue en avril 1984, la même année que le lancement de l'Apple IIc, un modèle qui renoue avec le succès commercial de la lignée II grâce à une conception nettement plus maîtrisée. Aujourd'hui, un exemplaire complet, avec son moniteur d'origine, ses lecteurs de disquettes 140 Ko et sa documentation intégrale, reste une pièce recherchée par les collectionneurs, précisément parce que le taux de survie des unités d'origine reste faible comparé à celui des autres modèles Apple de la même période.
La carte d'extension parallèle universelle et la carte Z80, toutes deux proposées en option pour faire tourner CP/M en complément du SOS natif, illustrent la volonté d'Apple de rattraper par les périphériques ce que l'architecture fermée de la machine ne permettait pas nativement, une stratégie de compensation assez révélatrice des difficultés rencontrées tout au long du projet.
Questions fréquentes
Pourquoi l'Apple III a-t-il connu autant de pannes ?
Steve Jobs a imposé un boîtier fermé sans ventilateur pour préserver le silence de fonctionnement. La chaleur dégagée dilatait la carte mère et desserrait les circuits intégrés de leurs supports, un phénomène appelé « chip creep » qui provoquait des pannes aléatoires sur la quasi-totalité des premières machines produites.
Quand l'Apple III a-t-il été annoncé et lancé ?
Il a été annoncé le 19 mai 1980 à New York, mais les livraisons en volume n'ont commencé qu'en mars 1981, presque un an plus tard. Après le rappel des 14 000 premières unités, une version corrigée a finalement été réintroduite le 9 novembre 1981.
Combien coûtait un Apple III à sa sortie ?
Entre 4 340 et 7 800 dollars selon la configuration choisie, un tarif nettement supérieur à celui d'un Apple II bien équipé de la même période, ce qui a limité d'autant plus l'attractivité commerciale de la machine face à ses concurrents directs.
Qu'est-ce que le SOS sur l'Apple III ?
Le Sophisticated Operating System est le système d'exploitation propre à l'Apple III, conçu pour gérer une mémoire plus étendue et une organisation de fichiers plus avancée que le DOS de l'Apple II, mais livré avec un catalogue logiciel professionnel encore limité au lancement.
L'Apple III pouvait-il faire tourner les logiciels de l'Apple II ?
Oui, grâce à un mode d'émulation Apple II intégré et activable au démarrage. Ce filet de sécurité commercial est devenu, après le rappel de 1981, l'usage principal de nombreux exemplaires faute d'une offre logicielle native suffisamment riche pour un usage professionnel.
Combien d'exemplaires des 14 000 premiers Apple III ont été rappelés ?
La totalité des 14 000 premières unités produites a été rappelée et remplacée par Apple, une opération alors rarissime dans l'industrie informatique. Le co-fondateur Steve Wozniak a lui-même qualifié le taux de panne de ces premiers exemplaires de quasiment total.
